Noëlle Péronnet, aux origines de la Fondation
Aux origines de notre fondatrice se trouve une famille modeste native des monts du Livradois, près d’Ambert dans le Puy-de-Dôme. C’est là que, vers 1880, Antoine Chabrier (1857-1906) décide de tenter sa fortune ailleurs et s’inscrit dans le vaste mouvement de l’exode rural.
C’est à Cusset que le jeune Antoine s’installe, rue du Faubourg du Chambon, où il ouvre une modeste entreprise de récupération de vieux chiffons. Ayant souvent rendu visite au moulin Richard de Bas d’Ambert il sait la valeur que peut représenter un amoncellement plus ou moins difforme de vieilles guenilles.
En 1883 il se marie avec une couturière du quartier, Claudine Dacher (1861-1945). De cette union naîtront trois fils, ce qui aurait pu être une dynastie : Marius (1883-1965), Marcel (1890-1956) et Maurice (1899-1980).
Dès lors l’entreprise prospère et tout en conservant ses chers chiffons, son activité s’élargit aux peaux, vieilles plumes, ferrailles et vieux métaux comme l’indiquent les factures d’époque. La petite société artisanale entre alors dans l’ère industrielle et l’entreprise Chabrier Frères devient un acteur incontournable de l’agglomération : ainsi en 1935, lorsque le maire de Vichy, Pierre-Victor Léger (1882-1950), ordonne la démolition des anciennes halles de type Baltard établies sur l’actuelle place Charles de Gaulle, ce sont les Chabrier qui obtiennent le contrat de récupération des métaux. Là naît la fortune de cette famille.
Toutefois les hasards de la vie et le Destin feront qu’au final un seul fils aura descendance sur le long terme, Marcel. Celui-ci avait épousé en 1920 Émilienne Carton (1895-1981). De cette union naissent alors deux enfants : l’aîné, Antoine (1921-1977) destiné à reprendre les rênes de l’entreprise, ce qu’il fera au final mais la conduisant à sa ruine ; et la cadette, Noëlle, qui très vite à Cusset sera surnommée Nono, et qui comme son prénom l’indique est née un jour de Noël, le 25 décembre 1924.
Enfant choyée, elle suit sa scolarité à l’école Notre Dame jusqu’à son certificat d’études obtenu à 13 ans, en 1937. Encouragée par les Sœurs de Saint Joseph qui dirigent alors cette Institution, elle poursuit ses études afin d’obtenir un diplôme d’institutrice en 1942, niveau difficilement accessible à l’époque. Afin de pouvoir intégrer l’entreprise familiale, Noëlle passe ensuite par correspondance des diplômes de Comptabilité, Sténographie et Dactylographie.
Au même moment elle se met à fréquenter, en secret, le fils d’un enseignant du Collège public de la ville qui en bon radical-socialiste issu du peuple voit d’un mauvais œil ce rapprochement entre son cadet – déjà assez dilettante par lui-même – et cette fille de la petite bourgeoisie locale qui n’est au final qu’un rejeton d’Auvergnats !
Pourtant cette histoire ira loin entre la jeune Noëlle et cet ami de son frère, nommé Gabriel Péronnet. Nos deux tourtereaux se fiancent le 20 mai 1945 et se marient en l’église de Cusset le 19 juillet suivant.
Malgré les nombreuses incartades d’un Gaby qui s’en cachait à peine, le couple restera uni au fil des décennies. Affectations militaires obligeant, les Péronnet s’installent un temps en Allemagne puis en Algérie, à Batna, dans le Constantinois. En 1949, le manque du pays se faisant particulièrement ressentir, Gabriel Péronnet démissionne de l’Armée et revient à Cusset, dans une maison de sa belle-famille, 15 rue du Faubourg du Chambon, avant de s’installer définitivement au 9 rue Jean-Baptiste Bru à partir de 1957.
Noëlle devient alors l’assistante dévouée d’un Vétérinaire libéral, assurant secrétariat et seconde main pour de petites opérations où toutefois elle ne brille guère par ses talents de praticienne.
Souvent, dans leur salon de la rue du Chambon, le couple reçoit. Notamment l’ancien Député et Ministre Lucien Lamoureux (1888-1970) qui lance le jeune loup dans l’arène politique.
Noëlle sera dès lors le soutien fervent de son époux à travers les différentes facettes de ce beau cursus honorum républicain, veillant à toujours mettre celui-ci en valeur et organisant avec soin deux réceptions annuelles dans leur nouvelle demeure de la rue Jean-Baptiste Bru où le « gotha » de l’agglomération est convié.
Elle sera même conviée à participer réellement à cet engagement citoyen lors des Municipales de 1965. A cette époque hors de question pour Gabriel Péronnet de briguer la mairie de Vichy, le statut de député-maire étant à ses yeux d’une stupidité sans nom. Donc s’il ne peut être Maire à Vichy, tout du moins peut-il envisager d’être le plus proche conseiller de celui de Cusset. Gaby monte effectivement un plan avec le chef des socialistes locaux, le Docteur André Pruneyre (1927-1986). Contre le maire sortant de tendance centre-droit André Rabineau (1911-2009) la gauche unie monte une liste dont la tête de liste est Noëlle Péronnet elle-même. L’originalité, pour ne pas dire l’audace d’avoir une femme potentiellement maire, est destinée à séduire l’électorat. L’Allier ne compte effectivement alors que deux femmes maires depuis les Municipales de 1959 : Bertille Tortel (1917-2010) à Chapeau et la Marquise de Bartillat (1911-1995) à Saligny-sur-Roudon. Après une lutte serrée, avec son lot de désistements voire de trahisons, la liste Péronnet l’emporte largement. La mairie semble ouvrir ses portes en grand à Nono… Toutefois, après de sombres tractations internes au Conseil Municipal elle ne sera au final que deuxième Adjointe. Elle en gardera une certaine rancœur et bien que donnant le meilleur d’elle-même au cours de son mandat elle refusera de re-signer avec ses anciens amis en 1971, lesquels d’ailleurs se prendront une sévère correction face de nouveau à une liste Rabineau cette fois-ci appuyée par Gabriel Péronnet, qui tête de liste de gauche à Vichy apporte son soutien le plus vif à une liste de droite à Cusset…
Passée cette désillusion, Noëlle aura encore de beaux jours devant elle, en particulier lorsque Gaby sera fait Secrétaire d’État par Valéry Giscard d’Estaing. Et même après la perte des différents mandats de son époux entre 1979 et 1981, Noëlle sera toujours à ses côtés.
Devenue veuve, et pour compenser le drame de sa vie de ne jamais pu avoir d’enfant, Noëlle Péronnet engagea alors de nombreuses démarches pour que le nom de son époux reste dans les mémoires locales et bourbonnaises.
Son cher Gaby ayant toujours été attiré par la culture et les arts, elle choisit comme légataire universelle l’« association de sauvegarde du patrimoine musical de l’Opéra de Vichy », qu’avait fondée quelques années auparavant une passionnée, Josette Alviset.
Après le décès de Noëlle Péronnet, survenu à l’hôpital de Vichy le 16 septembre 2002, cette association devint la Fondation Gabriel et Noëlle Péronnet, reconnue d’utilité publique par Décret interministériel du 9 décembre 2004 cosigné par Jean-Pierre Raffarin (Premier ministre) et Dominique de Villepin (ministre de l’Intérieur).
Les statuts de la Fondation Péronnet ont pour objet : « la promotion et la mise en valeur du patrimoine historique, artistique et culturel de la ville de Vichy et de son agglomération ».
Le legs du couple Péronnet a été investi par la Fondation dans des placements lui permettant de disposer de ressources financières pour répondre à son objectif statutaire. Notons qu’une forte majorité de ces ressources est mobilisée par l’hébergement du Musée de l’Opéra de Vichy dans les locaux de la Fondation mis gracieusement à sa disposition, et par le paiement des charges et travaux relatifs à la copropriété.
Le solde disponible des ressources est affecté par le conseil d’administration de la Fondation au soutien partenarial de plusieurs acteurs patrimoniaux et culturels locaux tels que l’Orchestre d’Harmonie de Vichy, Musiques Vivantes, le C.I.E.R.V., la Maison Albert Londres, mais aussi à l’édition d’ouvrages en lien avec Gabriel Péronnet « le Bourbonnais » : biographie de l’homme politique, monographie interuniversitaire sur le radicalisme en Europe, la culture populaire bourbonnaise, les cheminements littéraires, etc.
